12.10.2009

LES ACCORDS SUR L'EAU BAFOUES

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Les accords d'Oslo II stipulent que le Conseil palestinien doit établir durant les cinq années de la période intérimaire, une Autorité palestinienne de l'eau, et prévoient une coopération dans la gestion et le développement des ressources aquifères de Cisjordanie et de Gaza. Ils prétendent instaurer des allocations équitables pour chacun. L'article 40 de l'accord stipulait que "Israël reconnaît les droits des Palestiniens sur l'eau en Cisjordanie". Cependant, selon les observateurs, Israël ne respecte pas cet accord et empêche l'Autorité palestinienne de recevoir l'approvisionnement prévu par de nombreux obstacles bureaucratiques qui retardent le forage de nouveaux puits palestiniens. Car, selon un officiel : “en ce qui concerne l'eau, Israël ne veut dépendre d'aucun pays voisin, même en temps de paix”. De fait, le contrôle de l'Autorité palestinienne sur six grandes villes de  Cisjordanie conférait à celle-ci des responsabilités nouvelles pour la gestion de l'eau, au sein du comité mixte prévu dès 1993 et dont les compétences étaient précisées.
L'échec du sommet de Camp David sur un statut final a mis un premier coup d'arrêt à l'application de toutes ces résolutions dont certaines avaient été menées à bien, et d'autres pas, ainsi, le Comité sur l'eau avait été mis sur pied, mais le volume d'eau alloué aux Palestiniens en juin 2000, au moment de l'ouverture des négociations sous la houlette de Bill Clinton, atteignait seulement la moitié de celui qui avait été prévu en 1995. Aucun document manuscrit, encore moins officiel n'indique l'état réel des négociations sur le partage de l'eau à Camp David II, pas plus d'ailleurs qu'aux discussions de Taba en janvier 2001. Il semble cependant qu'Ehud Barak aurait proposé aux Palestiniens la souveraineté sur près de 90% de la Cisjordanie sans conditions sur le contrôle du sous-sol. Les Palestiniens auraient disposé dès lors du droit d'exploiter l'aquifère montagneux de cette région.
La politique hydraulique israélienne est directement responsable de la grave pénurie d'eau qui frappe les territoires palestiniens, occupés ou  autonomes. Tel est le principal enseignement de l'étude accablante de B'Tselem (1) consacrée à cette question. Loin des visions caricaturales et simplificatrices. B'Tselem détaille la politique israélienne en matière d'eau. Durant les années d'occupation, Israël a toujours mis l'accent sur les incidences bénéfiques de sa politique apprentissage aux agriculteurs palestiniens des techniques modernes d'irrigation, modernisation des infrastructures hydrauliques. B'Tselem s'emploie, au contraire, à démasquer systématiquement la stratégie hydraulique israélienne conçue pour assurer l'approvisionnement prioritaire des colonies de peuplement et du réseau israélien. Ce n'est qu'une fois ses priorités assurées que les besoins des Palestiniens commencent à être pris en compte, à condition qu'ils n'entrent pas en conflit avec les intérêts d'Israël...
Déjà en 1990 outre le manque d’eau, le peu de terrain accessible à la population arabe, que se soit pour l’agriculture, les routes ou les établissements publics, se réduira encore, rendant la densité telle qu’elle sera insupportable. Rien de sérieux n’était envisagé pour faire face à cette situation. La surface des terres cultivables devrait se réduire de 15 % dans la seule décennie 85/95. Plus grave encore, Israël refuse de mettre les terrains de l’Etat à la disposition des Palestiniens afin de les réserver aux colons juifs de la région. Ces colons qui ne représentaient que 0,4 % de la population de la bande de Gaza, disposaient déjà de 28 % des terrains de l’Etat.(Chiffres non réactualisés)  Les politiques de nouvelles implantations viendront confirmer ces prévisions.
En marge d'un discours officiel qui fait passer Israël pour le “mécène” de l'eau dans les Territoires Occupés, ce rapport de la plus grande organisation  israélienne de défense des droits de la personne revient sur les stratégies hydrauliques occultées par cet Etat. Discriminations institutionnalisées, négligences volontaires, interventionnisme arbitraire des droits les plus élémentaires de la population palestinienne sont bafoués.
L’agriculture
La politique israélienne de subventions encourage une consommation élevée. L'agriculture israélienne ne répondant plus aux même fantasmes aujourd'hui que dans les années 1960 “Faire fleurir le désert”, tout futur arrangement politique de la question de l'eau doit inclure le principe d'un transfert de l'eau du secteur agricole israélien vers la satisfaction des besoins des populations palestiniennes. De fait, la proportion de terres cultivées palestiniennes irriguées est bien inférieure à celle des terres israéliennes. Douloureux handicap pour l'agriculture palestinienne : les colonies irriguent 60% de leurs terres cultivables, contre 45 % en Israël et 6% en Cisjordanie. Les Palestiniens voient dans cette politique la volonté israélienne de les détacher progressivement de leur terre. Les Israéliens de leur côté invoquent la rareté des ressources et les besoins dus à leur propre avance technique pour expliquer leur contrôle sur l'exploitation de l'eau de l’aquifère montagneux. Sans ironie, ils soulignent que l'apprentissage des  techniques d'irrigation par les agriculteurs palestiniens a été l'un des acquis de la présence israélienne en Cisjordanie depuis 1967. Cette politique est d’autre part soutenue par le lobby agricole, composé essentiellement de kibboutz (collectivistes) et de mochav (coopératistes) proches des Travaillistes, qui redoute la perte du contrôle de l’eau. Israël traversait une sévère sécheresse depuis 8 ans, ce qui n’empêche pas de continuer, sous la pression de ce fameux lobby à consacrer 67 % des ressources en eau à l’agriculture, alors que ce secteur économique ne représente que 2% du PNB. Cette pression empêche les négociateurs politiques israéliens d’accepter des concessions qui pourraient leur être fatales. C’est aussi pour cela que la guerre que l’Etat d’Israël mène aux Palestiniens est aussi une guerre essentielle, celle de l’eau.
N.B  Israël enregistre un déficit annuel en eau de 400 millions de mètres cubes depuis 1998. La rétrocession des territoires palestiniens ne pourrait qu’aggraver la situation On relève une inégalité de traitement entre les Palestiniens, facturé au prix de l’eau potable pour l’eau agricole (entre 1,8 et 2,1 shekels par mètre cube) alors que les colons bénéficient de tarifs particuliers (0,3 à 0,5 shekel). Les autorités militaires n’autorisent que les puits de 70 mètres de profondeur pour les Palestiniens (contre 350 mètres pour les colons.) Accepter les revendications palestiniennes reviendrait, pour Israël, à réduire ses ressources de plus de 20%”. Ce qui serait très difficilement comblé par la technique du dessalement d’eau de mer pourtant mise en oeuvre avec succès par Israël. « Les guerres de l’eau » de Frédéric Lasserre, préfacé par Michel Rocard. Editions Delavilla.
(1) B'Tselem est une ONG se présente comme le centre israélien d'information pour les droits de l'homme dans les territoires occupés.Le mot B'Tselem (hébreu : בצלם‎) signifie "à l'image de" et provient du verset 1:27 de la Genèse ; « Et Dieu a créé l'homme à [son] image. »

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